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FRANÇOIS DE BRIGODE, LA PASSION DE L’IMAGE ET DES MOTS

Du journal parlé à l’art photographique, le visage familier de la RTBF se confie sur son parcours, son lien viscéral avec Charleroi et sa vision lucide mais optimiste du monde.


François de Brigode a grandi à Charleroi, une ville qu’il évoque avec tendresse. Il garde le souvenir de la grande générosité des Carolos, une générosité forgée dans les blessures de l’histoire industrielle : la fermeture des charbonnages, le déclin de la sidérurgie, les catastrophes minières.

Aujourd’hui, il perçoit sa ville natale comme un territoire en pleine transformation, tant sur le plan économique que culturel. Charleroi change, et cette métamorphose le touche profondément.

« Ce que je retiens surtout, c’est la facilité avec laquelle des personnes de tous horizons se côtoient », confie-t-il. Durant son enfance à l’athénée de Châtelet, il a vécu ce brassage social qui l’a profondément marqué : issu d’une famille aisée, il partageait les bancs de l’école avec des enfants d’ouvriers et de mineurs. Une leçon d’humanité qui, dit-il, « a façonné sa manière de regarder le monde ».

Le journalisme par les sillons de l’agriculture

Très tôt, François de Brigode découvre la magie du son. La télévision arrive tard dans sa famille, et la radio devient son refuge. Il l’écoute en cachette, fasciné par ces voix qui racontent le monde. Son père, passionné de photographie, lui transmet quant à lui le regard de l’image, celui qui traque la lumière juste et le sens caché derrière chaque scène.

Il se définit comme « quelqu’un d’éclectique », un trait de caractère qui, selon lui, a nourri sa vocation de journaliste. L’école, il l’aimait non pas pour les notes — « je n’étais pas un bon élève », reconnaît-il — mais pour les rencontres et les professeurs. Deux enseignants de français ont très tôt repéré le potentiel de communication de sa classe. Plusieurs de ses camarades deviendront d’ailleurs journalistes, comme lui.

Vers 12 ou 13 ans, il se projette un temps dans le métier d’agriculteur. Une idée rapidement abandonnée après deux mois passés à travailler dans une ferme. Pourtant, cette expérience va paradoxalement l’orienter vers le journalisme : il découvre alors Le Sillon belge, un hebdomadaire agricole. En parcourant ses pages, il comprend qu’il veut raconter le réel, interroger les gens et comprendre les mécanismes du monde.
« Le chemin peut paraître étonnant, mais je suis arrivé au journalisme via l’agriculture », confie-t-il.

Ce goût pour les récits de terrain ne le quittera plus.

La voix du 19h30

Étudiant en journalisme à l’ULB, il effectue un stage à la RTBF de Charleroi. Là, il découvre toutes les facettes du métier : radio, télévision, reportage. Après l’obtention de son diplôme et un bref passage à RTL-TVI, il revient à la RTBF, où il s’ancre durablement dans le service public. Il couvre alors l’ensemble des domaines de l’actualité : politique, économie, faits divers, avec un regard particulier sur ce dernier champ.
« Couvrir l’incendie au coin de la rue n’est pas très important, mais comprendre ce qui se cache derrière l’incendie, ça l’est », explique-t-il.

Cette philosophie journalistique — chercher le sens derrière les apparences — a guidé toute sa carrière.

C’est en 1985 qu’il entre officiellement à la RTBF. Plus tard, pendant 27 ans, François de Brigode devient l’un des visages du journal télévisé. Une position prestigieuse, mais exposée.
« C’est un poste valorisant, mais on peut aussi en prendre plein la gueule », reconnaît-il.
Être la figure visible d’un média, c’est aussi encaisser des critiques, parfois injustes.

Toujours en alerte, il décrit la vie d’un présentateur comme un engagement de chaque instant : lecture, veille, réflexion permanente sur les sujets à venir. Lorsqu’il décide de quitter le JT, ce n’est pas pour fuir la pression, mais pour se consacrer à d’autres projets, sans pour autant tourner le dos à la RTBF.

François de Brigode observe avec lucidité l’évolution du journalisme. Aujourd’hui, dit-il, les jeunes journalistes subissent une pression accrue :
« On leur en demande toujours plus, souvent au détriment de la qualité. »
Les raisons sont économiques, bien sûr, mais il souligne aussi les progrès techniques : les outils numériques permettent désormais des productions d’une grande qualité.

Le revers de la médaille ? La précarité. Contrats courts, incertitude permanente…
« C’est la grande difficulté du métier aujourd’hui », déplore-t-il.

La photographie, un autre langage

Si le journalisme est pour lui une passion, la photographie représente une autre forme d’expression, plus intime, plus silencieuse. Il la pratique de manière artistique et engagée.

Pour lui, une image n’est jamais une simple capture :
« Une photo, on ne la prend pas, on la donne », affirme-t-il.

À travers ses clichés, il souhaite susciter la réflexion et laisser au regardeur la liberté d’interprétation. Cette démarche reflète sa fidélité à une idée centrale : comprendre, questionner et offrir une autre manière de voir le monde.

Croire encore en l’avenir


Interrogé sur ce en quoi il croit, François de Brigode répond sans hésiter : « En un avenir positif pour le monde. » Il combat le cynisme et refuse la résignation.
« La pire des choses, c’est de se laisser abattre », affirme-t-il.

Même face au chaos de la vie, il reste persuadé que l’humanité finira toujours par retrouver un équilibre. Et il conclut, avec un sourire teinté de son humour carolo :
« La vie, ce sont des montagnes russes… mais comme on dit à Charleroi : ça va d’aller ! »

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