À l’occasion des dix ans du projet Housing First à Namur, le Relais Social Urbain Namurois met en lumière une décennie d’accompagnement et de lutte contre l’exclusion. Au Quai 22, une exposition photo et un court-métrage donnent à voir le travail mené auprès des personnes en situation de grande précarité. L’occasion de revenir sur un modèle qui a profondément changé la manière d’aborder le sans-abrisme chronique.
Depuis septembre 2007, le Relais Social Urbain Namurois coordonne un vaste réseau d’acteurs publics et privés engagés dans la lutte contre l’exclusion. Sa mission est de créer les conditions d’une collaboration durable entre les services qui assurent l’accueil, l’écoute, l’orientation, l’accompagnement et l’insertion des personnes en situation de grande précarité.
L’implication directe des usagers est au cœur de sa démarche : les personnes concernées sont associées aux réflexions et aux actions menées, afin de construire des réponses réellement adaptées à leurs besoins.
Cette coordination s’organise autour de plusieurs objectifs : rompre l’isolement, encourager la participation sociale, améliorer le bien-être, favoriser la reconnaissance et renforcer l’autonomie. À Namur, ces missions englobent également les questions liées au logement, à l’hébergement, à l’insertion sociale et à la santé, avec une attention particulière accordée à la santé mentale.
Le projet Housing First, tel qu’il est mis en œuvre aujourd’hui à Namur, s’inspire d’un modèle développé en 1992 à New York par le psychiatre Sam Tsemberis et l’organisation Pathways to Housing. Destiné aux personnes sans-abri chroniques, souvent confrontées à des troubles de santé mentale, des addictions ou de longues périodes d’errance, il marque une rupture avec les approches traditionnelles.
Dans ce cadre, l’accès au logement est immédiat et sans condition préalable. Seules deux obligations subsistent : une visite hebdomadaire de l’équipe d’accompagnement et le respect du paiement du loyer ainsi que du voisinage. Le logement, diffus et intégré dans le tissu urbain, devient alors la première étape, le socle essentiel pour amorcer un processus de stabilisation et de rétablissement.
Le modèle repose sur des principes forts : le logement comme droit fondamental, le respect inconditionnel des personnes, l’engagement dans la durée, la liberté de choix et une approche fondée sur la réduction des risques. L’accompagnement et le logement sont volontairement dissociés, afin d’éviter toute forme de pression ou de conditionnalité.
Lorsque Namur décide de s’engager dans l’aventure Housing First en 2015, la situation est déjà alarmante. Cette année-là, plus de 600 personnes sont hébergées à l’abri de nuit, près de 10 000 nuitées sont enregistrées, plus de 500 personnes sont rencontrées par les Équipes Mobiles de Rue et près de 1 000 sont accueillies au Relais Santé.
Parmi les 4 839 personnes recensées en situation de très grande précarité, 40 % vivaient dans un sans-abrisme sévère.
Ces chiffres mettent en lumière une réalité en aggravation : des parcours de vie de plus en plus complexes, un rejet croissant de l’aide institutionnelle et des dispositifs saturés. C’est dans ce contexte que le Relais Social lance officiellement Housing First Namur le 1er juillet 2015, dans le cadre de l’expérimentation fédérale « Housing First Belgium ».
Dix ans plus tard, Housing First Namur poursuit son action, soutenu par la Région wallonne, des appels à projets ponctuels, des partenariats locaux et l’appui constant du CPAS de Namur. Ce travail inscrit dans la durée se concrétise à travers une équipe qui accompagne chaque personne au long cours, à son rythme, avec la conviction que la stabilité du logement est un droit, et non une récompense.
Pour marquer cette étape symbolique, le public est invité à découvrir une exposition photographique retraçant les rencontres et les parcours accompagnés au quotidien par les travailleurs. Deux projections d’un court-métrage, réalisé avec les bénéficiaires et l’équipe, étaient également prévues. Elles affichent désormais complet, signe de l’intérêt grandissant pour ce modèle d’accompagnement.