Elle n’avait jamais imaginé faire de la politique, encore moins devenir bourgmestre de Namur. Et pourtant, c’est bien elle qui incarne aujourd’hui une nouvelle page de la ville. Première femme à occuper cette fonction depuis des décennies, Charlotte Bazelaire reste fidèle à ce qui la guide depuis toujours : l’écoute, la proximité… et la confiance en l’autre.
Charlotte Bazelaire ne vient pas d’ailleurs. Elle est née à Namur, y a grandi, étudié, travaillé… et aujourd’hui, elle y exerce des responsabilités politiques. Son parcours personnel se confond avec celui des rues de la ville, notamment la rue de la Croix, où se trouvait le magasin de ses parents. Une boutique spécialisée dans l’art de la table, les listes de mariage et le mobilier, qui a servi de décor à son enfance. Petite, elle jouait à la dînette avec de vrais objets ; plus tard, elle passera derrière la caisse, étiquettera les articles et s’occupera des clients.
Elle avait pourtant juré de ne jamais travailler dans le commerce familial. Mais elle y restera finalement 17 ans, preuve que la vie suit rarement les trajectoires qu’on imagine dans l’enfance. Ce quotidien partagé avec ses parents et ses trois frères et sœurs a forgé son caractère.
« Ça forge », dit-elle simplement.
Vivre au-dessus du magasin, c’était être constamment mobilisé, toujours prêt à rendre service. Mais c’était surtout une immersion permanente dans la réalité de la ville, une véritable école de la vie en miniature.
Curieuse de tout, Charlotte Bazelaire a toujours eu l’énergie de celles et ceux qui veulent explorer la vie sous toutes ses facettes. Soutenue par ses parents dans chacune de ses envies, elle multiplie les activités : près de vingt ans de hockey, les mouvements de jeunesse, la lecture, et une passion plus rare, la reliure-dorure.
Après une première orientation en archéologie à Namur, elle se tourne vers la reliure, avant d’entamer des études en communication anthropologique à Liège. Ce choix n’est pas anodin : elle veut comprendre les autres, rencontrer le monde. Son mémoire de fin d’études la conduit au Bénin, sur le terrain, là où les sociétés se révèlent dans leurs interactions. Son ambition était claire : devenir anthropologue de terrain. Mais, une fois encore, la vie en décide autrement.
Le retour à Namur, les opportunités professionnelles, sa relation de couple et l’appel du commerce familial redessinent ses projets. Sans regret : ses études nourrissent aujourd’hui sa manière d’écouter, de comprendre les gens, de ne pas juger trop vite. Pour elle, l’anthropologie est une boussole discrète mais précieuse dans la vie publique.
Si la politique ne faisait pas partie de ses projets initiaux, elle s’est imposée presque naturellement. Sa mère siégeait au conseil communal comme représentante des indépendants. Lorsqu’elle décide de passer le relais, Maxime Prévot propose à Charlotte Bazelaire de reprendre le flambeau. Elle hésite, puis accepte. Les élections confirment ce choix : elle est élue échevine.
À cette période, ses parents prennent leur retraite. L’idée de relancer un petit magasin plus intime était envisagée. Mais la politique prend le dessus. La boutique ne rouvrira pas. Une fois encore, le destin redistribue les cartes.
Puis survient un tournant décisif : Maxime Prévot devient ministre. Charlotte Bazelaire, arrivée deuxième en voix de préférence, accède alors au poste de bourgmestre faisant fonction. Et il ne s’agit évidemment pas d’un simple intérim. Elle exerce pleinement la fonction, avec la même légitimité que si elle avait été nommée officiellement.
Ce n’est pas une responsabilité à prendre à la légère.
Elle s’y est engagée sans attendre.
Diriger une grande ville wallonne en tant que femme reste un fait rare : une situation qui ne s’était plus présentée depuis plus de 75 ans. Charlotte Bazelaire tient toutefois à rappeler qu’avant elle, Anne Barzin a également exercé la fonction de bourgmestre faisant fonction à Namur, même si ce rôle ne portait pas encore officiellement ce titre à l’époque. Elle est pleinement consciente de ce que cela représente : le symbole, la portée et la responsabilité.
« J’ai reçu beaucoup d’encouragements. Bien sûr, il y a eu des critiques. Mais aussi énormément de personnes heureuses de voir une femme à la tête de Namur », confie-t-elle.
Elle ne fait pas de son genre une revendication quotidienne, mais elle sait que sa présence compte. En occupant cet espace longtemps réservé aux hommes, elle agit concrètement pour toutes les femmes, par l’exemple et par l’action.
Être bourgmestre est un engagement total. Pourtant, Charlotte Bazelaire tient à préserver un équilibre. Elle peut compter sur un entourage solide : un mari très présent pour les trajets scolaires, des parents toujours prêts à donner un coup de main.
« Tout le monde me protège et me soutient », confie-t-elle avec gratitude.
Malgré la charge de ses fonctions, elle veille à rester présente pour ses enfants. Récemment, en période d’examens, elle a choisi de travailler depuis la maison.
« C’est important, pour eux et pour moi, que je sois là. »
Elle tient à ces moments précieux, à cette forme de normalité qui vient équilibrer l’intensité de son rôle politique.
Dans une époque marquée par les tensions sociales, la violence sur les réseaux et la montée du cynisme, Charlotte Bazelaire conserve une confiance profonde en l’humain. Une conviction nourrie par son parcours d’anthropologue :
« J’ai rencontré tant de personnes résilientes. »
Elle est convaincue que le changement naîtra de la proximité, du terrain, de ces femmes et de ces hommes qui donnent sans rien attendre en retour. Pour elle, il suffit parfois d’ouvrir une porte, de tendre la main, d’écouter. Cette foi dans la bonté des autres guide son engagement et donne sens à son action.
« Je crois en l’humain. Je suis persuadée que l’humanité peut accomplir de belles choses. Il suffit d’ouvrir la porte et de rencontrer les gens. »