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Eliott Crestan, l’ambition au souffle long

Le vice-champion d’Europe et du monde du 800 mètres s’est confié à Anne-Sophie Montoisy. Le Namurois évoque avec une sincérité touchante son parcours, ses sacrifices, son entraîneur de toujours et ses objectifs.

C’est à l’adolescence, au sein de l’école, qu’Eliott Crestan fait ses premiers pas dans l’athlétisme. Si son amour du sport commence par plusieurs années de football, c’est finalement sur la piste qu’il trouve sa voie. À 13 ans, lors d’une journée de repérage organisée à Jambes par le SMAC (Sambre et Meuse Athlétique Club), il se distingue dans plusieurs épreuves et décroche un stage sportif à Spa. Une expérience fondatrice qui le convainc de s’inscrire au club, où il fait la rencontre d’André Mahy, l’homme qui deviendra son entraîneur et mentor. Très vite, son potentiel saute aux yeux. Grâce à ses performances prometteuses, il obtient le statut de « jeune talent », un précieux sésame qui lui permet d’adapter son emploi du temps scolaire pour consacrer davantage de temps à l’entraînement. Un choix de vie soutenu sans réserve par ses parents ! 

Aujourd’hui âgé de 26 ans, Eliott Crestan est un athlète professionnel aguerri. Spécialiste du 800 mètres, il s’est imposé au plus haut niveau européen et mondial. Il a représenté la Belgique aux Jeux olympiques et compte à son palmarès plusieurs médailles, dont des titres de vice-champion du monde et d’Europe, en salle comme en extérieur. Mais derrière ces lignes de palmarès se cache un engagement de chaque instant.

Être un sportif de haut niveau, c’est bien plus qu’un métier. C’est un mode de vie. « Il faut se mettre à fond, directement dedans », explique-t-il. Chaque jour est structuré autour de l’entraînement, de la récupération, de l’alimentation. La rigueur est omniprésente. Mentalement, l’exigence est tout aussi forte. Les sacrifices commencent très tôt, et la discipline impose de renoncer à beaucoup des aspects d’une vie dite « normale ». Mais Eliott garde le cap, motivé par ses objectifs et soutenu par un entourage fidèle : famille, amis et sa copine, avec qui il partage sa vie depuis plus d’une décennie.

La frustration des médailles d’argent

La compétition, avec ses joies et ses frustrations, fait partie intégrante de la vie d’un athlète. Eliott Crestan en a fait l’expérience. S’il est fier de ses podiums internationaux, il ne cache pas que certaines deuxièmes places peuvent laisser un goût amer. Lors des derniers championnats d’Europe, il visait clairement l’or. La médaille d’argent, sur le moment, a été difficile à digérer. « C’est frustrant quand on sait que la victoire était possible », reconnaît-il avec franchise.

Mais le temps apporte souvent un éclairage plus doux sur les performances. Avec le recul, Eliott parvient à apprécier la valeur de ses résultats : « Quelques mois après, on est content car on se dit qu’on a quand même fait une belle performance ». D’autant que chaque compétition a ses propres objectifs, ses propres enjeux. Aux Mondiaux, la médaille d’argent a été accueillie avec beaucoup plus de satisfaction, preuve que la réussite ne se mesure pas uniquement à la couleur du métal.

Un quotidien réglé comme du papier à musique

La vie d’Eliott Crestan est réglée à la minute près. Il se lève vers 8h30, enchaîne les entraînements jusqu’à 13h30, puis se repose avant de repartir pour une deuxième session en fin d’après-midi. Ce rythme plus qu’exigeant laisse peu de place aux écarts ou à l’improvisation. « Je ne pourrais pas me dire que ce soir je vais faire la fête », sourit-il. La discipline est constante et le sérieux s’impose.

L’athlétisme est un sport individuel, et cette réalité se fait parfois pesante pour Eliott Crestan. La solitude, inhérente à cette pratique, l’accompagne souvent sur les pistes comme dans les déplacements. Avec les années, Eliott reconnaît que cela devient plus difficile. 

« Quand j’étais plus jeune, ça allait. Mais aujourd’hui, j’ai de plus en plus envie de m’entraîner avec d’autres personnes »

Cap sur Tokyo

Le prochain grand objectif d’Eliott Crestan est déjà inscrit dans son agenda : les championnats du monde à Tokyo, en septembre. Mais au-delà, c’est un rêve plus vaste qui l’anime. Il s’est fixé un cap ambitieux : participer à cinq olympiades au cours de sa carrière. Un défi de taille qui l’amènerait à courir jusqu’à ses 36 ou 37 ans.

Quant à l’après-carrière, il préfère ne pas y penser tout de suite. « Pour l’instant, je ne pense qu’à l’athlétisme », glisse-t-il. Aucun plan B précis n’est arrêté. Il vit l’instant présent, pleinement investi dans sa discipline car pour lui, l’athlétisme n’est pas seulement un sport, c’est une vocation.

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